La Dentelle

la dentelle

Vous avez toujours apprécié la dentelle, mais vous souhaiteriez en apprendre davantage à son sujet ?

Vous connaissez déjà les motifs, et les savoir-faire mis en œuvre pour son élaboration, mais vous souhaitez en découvrir davantage, sur ses origines, et sur son évolution au fil des siècles ?

Nous sommes versés dans ces domaines, et sommes heureux de pouvoir partager notre passion avec nos chères lectrices, et nos chers lecteurs.

Dans cet article vous allez découvrir :

  • Les lieux de renoms où la dentelle est apparue, et où ses premiers exemplaires sont exposés
  • Les techniques détaillées nécessaires à sa mise en œuvre
  • L'époque et les lieux de naissance de la dentelle
  • et enfin, les légendes et histoires inédites au sujet de ses origines

L'histoire, les origines, et les techniques de la dentelle s'offrent à vous dans cet récit. Savourez un délectable moment d'histoire, et de savoir-faire textile d'exception.

Mais n'attendons donc pas davantage, commençons dès maintenant, cette merveilleuse épopée au sujet de cet art textile raffiné.

Dentelle : les lieux d'expositions de renom

tissu dentelé

Les Musées communaux de Bruges et la dentelle, témoin d'une culture vestimentaire raffinée, ont depuis le début du siècle une histoire commune.

Le Palais Gruuthuse, qui au tournant des années 1900 fut acheté et restauré par la ville de Bruges, afin d'en faire un musée, aujourd'hui musée des Arts appliqués, n'abritera d'abord dans ses locaux et salles d'exposition que la prestigieuse collection de dentelles léguée à la ville par le baron Amédée Liedts.

Pendant de longues années, le musée Gruuthuse ne fut connu que sous le nom de "musée des dentelles", et jusqu'il y a peu comme "musée des dentelles et des antiquités". 

C'était sous cette dernière appellation qu'était faite la publicité pour ce lieu historique et touristique.

La partie de la section des dentelles accessible au public fut réaménagée et restreinte à plusieurs reprises par manque de place, vu l'accroissement rapide des autres collections de Gruuthuse et sous l'influence de l'évolution de la muséologie.

Ce fut le cas en 1955 et en 1968, à l'époque où la gestion quotidienne du musée Gruuthuse reposait sur le premier conservateur brugeois, Monsieur Alain Janssens de Bisthoven.

La dentelle fait incontestablement partie des créations textiles les plus exclusives et les plus belles.

Elle ne fascine pas seulement les fanatiques de la dentelle et de l'art, les dentellières appliquées ou les âmes poétiques mais éveille aussi une admiration attendrie chez toutes les personnes éprises de culture, alors que, paradoxalement, et abstraction faite d'une minorité de spécimens en or, en argent et en soie, elle fut toujours réalisée en un matériau de base d'une grande sobriété, à savoir le lin blanc ou le fil de coton. Ce qui rend d'ailleurs la dentelle si séduisante, c'est la grâce de son dessin, le jeu harmonieux et rythmé entre les parties ajourées et les pleins, le mystère de sa blancheur et de sa transparence.

La richesse de ce joyau textile exerçait anciennement son charme sur l'aristocratie qui l'achetait et le portait avec une certaine ostentation, stimulant ainsi une production dont l'éventail des possibilités soulignait la séduction de la mode.

La dentelle fait partie de la culture européenne. Elle a joué, à travers les siècles, un rôle important dans la mode.

Le mot néerlandais "kant" (dentelle) signifie bord ou lisière. Le terme "dentelle", en rappelle l'aspect dentelé. La variété tant stylistique que technique de ses décors n'a d'égale que la richesse de son histoire. Il est passionnant d'observer quelles ont été les circonstances qui ont permis la naissance d'un type de dentelle et pour quelle raison il a évolué dans un sens plutôt que dans l'autre s ur le plan stylistique ou commercial.

La dentelle surpasse, à ce point de vue, le tricot, le crochet ou même la broderie, travaux textiles proches par la technique, mais dont le développement n'a jamais donné naissance à une industrie comparable.

N'oublions pas que, à part quelques exceptions - et nous songeons ici aux ateliers français supervisés par l'Etat, notamment aux Manufactures Royales et à quelques initiatives moins importantes - l'industrie de la dentelle fut toujours et partout une activité domestique ne dépendant d'aucune organisation et ne jouissant d'aucune protection de la part des pouvoirs publics. Il existait donc, pour les ouvrières, un réel danger d'exploitation. Cette situation sociale défavorable que l'on constate à travers les siècles et dans toute l'Europe, n'était pas propre au monde de la dentelle, dont la main-d'œuvre se recrutait principalement dans les classes les plus défavorisées, mais se retrouvait dans tous les métiers, textiles ou autres, exercés à domicile par le prolétariat. Les variétés de dentelle en Europe sont d'une richesse fabuleuse. On n'en produisait pas hors de ce continent, si ce n'est dans des ateliers créés à l'initiative d'Européens. 

dentelle royale

Les échanges commerciaux étant devenus de plus en plus aisés au cours des siècles et l'évolution de l'imprimerie ayant facilité la reproduction des modèles que l'on se transmettait d'un pays à l'autre, il est parfois difficile de situer une pièce dans un lieu ou dans le temps.

Il est plus risque, de nos jours, d'avancer une hypothèse lorsqu'il s'agit de pièces isolées, non accompagnées de leurs lettres de noblesse ou d'une iconographie déterminante.

S'ajoute à cela le phénomène des copies du XIXè, phénomène caractéristique de ce siècle et typique de sa mentalité. N’oublions pas les ateliers, les écoles, les couvents et les associations qui, en même temps dans toutes l’Europe, redécouvraient la beauté textile des siècles précédents, la faisaient revivre et l’imitaient dans ses moindres détails, avec une précision technique indéniable.

Seuls des documents d’archives complémentaires ou l’identification d’un détail propre à une époque donnée, comme l’utilisation de fil de coton à partir de 1830, permettent de situer une dentelle avec certitude dans un lieu et dans le temps.

Si les superbes portraits de porteurs de dentelle que sont les tableaux et les gravures sont d’un grand secours lorsqu’il s’agit de situer une dentelle dans le contexte approprié, il faut néanmoins tenir compte de la subjectivité et du style pictural de l’artiste.

Il nous faut signaler aussi certains types de dentelle rurale très sobres produits par des femmes de la campagne qui, à travers toute l’Europe et pendant des siècles, reproduisirent toujours les mêmes dessins. Ces textiles qui servaient à la parure vestimentaire et au linge de maison sont très difficiles, si pas impossibles à situer car ils sont universels.

Malgré cette diversité, il serait, à notre avis, erroné de croire que chaque pays ou région à connu une histoire dentellière fondamentalement autre. Une évolution comparable et simultanée s’est manifestée dans toute l’Europe à travers les modes et les styles.

Les différences se situent au niveau des accents qui président à la création de situations spécifiques et donc de dentelles typiques. Les caractéristiques stylistiques, les aptitudes techniques, les pratiques fonctionnelles et l’aspect socio-économique évoluent pratiquement toujours de façon parallèle. Chaque région se plait aux exigences du client qui, selon les époques, marquait un intérêt plus ou moins grand pour tel ou tel type de dentelle.

Quoi qu’il en soit, la dentelle demeurait un produit commercial. Il nous semble cependant important de signaler explicitement trois grands pays dentelliers, à savoir :

  • l’Italie, 
  • les Pays-Bas et 
  • la France, qui étaient également des pays producteurs de fil de lin. 

C’est dans ces pays que la dentelle est devenu un art, alors que dans d’autres centres, et sauf exception, elle n’a jamais dépassé le stade du folklore. La dentelle de ces pays dictait la mode et l’Europe entière la préférait à la production locale.

On pourrait donc écrire une histoire générale de la dentelle en Europe. Nous avons cependant choisi de donner à chaque pays la place qu’il mérite en en présentant quelques dentelles typiques et si possible authentiques, qui raconteront comment s’est fait leur évolution.

Au cours de sa période dentellière, c’est-à-dire à partir du XVIe siècle, l’Europe a été presque entièrement redessinée, suite aux mariages et aux guerres. Le découpage des régions se fera, pour plus de clarté, sur base de la situation actuelle. Il va de soi néanmoins que, dans le contexte historique, nous utiliserons les noms originaux des régions. 

Description du concept « dentelle » : qu’est-ce que la dentelle ?

définition dentelle

Pour bien comprendre l’histoire de la dentelle en Europe, il est indispensable d’en connaître, ne fût-ce que succinctement, la technique.

La dentelle est, par définition, une pièce textile indépendante, ajourée, réalisée à la main soit au moyen de fils enroulés sur des fuseaux (dentelle aux fuseaux), soit avec du fil et une aiguille (dentelle à l’aiguille).

Même si certains auteurs situent la dentelle dans un ensemble plus large comprenant le tricot, le crochet, le macramé et la broderie, nous nous en tiendrons à cette définition qui a le mérite de délimiter le sujet de façon claire et ordonnée.

La dentelle aux fuseaux se fait à partir d’un dessin reporté sur un carton fixé sur le carreau.

Ce dessin ou patron est formé de petits trous dans lesquels sont fixées des épingles avant ou après qu’on ait exécuté, aux fuseaux, les opérations spécifiques de tissage ou de tressage. Tous les types de dentelle aux fuseaux se font selon un même principe général : ils sont tous constitués à partir de fils croisés les uns sur les autres. On reconnait la dentelle aux fuseaux à son aspect tissé. Dès qu’il a été fixé au moyen d’épingles sur le patron, le fil enroulé sur les fuseaux devient textile. Une fois la dentelle terminée, on retire les épingles de façon à pouvoir la détacher du carreau. Lorsqu’on parle de dentelle aux fuseaux, il est essentiel de faire la distinction entre dentelle à fils continus et dentelle à fils coupés. Dans le premier cas, on utilise le même nombre de fils du début à la fin de l’ouvrage et on voit distinctement les mêmes fils passer des motifs au fond et inversement.

Dans les dessins compliqués, une astuce permettait d’attacher, au moyen d’un crochet, les fils pendants de l’ouvrage aux petites bandes déjà achevées, ce qui était une sorte de passage à la dentelle à fils coupés.

Dans la dentelle à fils coupés, on accroche certaines parties à d’autres déjà terminées.

On peut aussi ajouter ou supprimer des fils à mesure que le motif s’élargit ou se resserre.

Ici, le fil suit le sens du dessin et les possibilités sont beaucoup plus larges que dans la dentelle à fils continus. Et puisque l’on doit suivre le sens du dessin tout en maniant les fuseaux, on ne peut appliquer cette méthode que sur un carreau rond.

Dans la dentelle à l'aiguille, le motif est dessiné sur un parchemin de couleur sombre que la dentellière coud sur une double épaisseur de toile solide. Elle pose un fil de soutien sur les contours du dessin et le coud au moyen d'un fil fin et fragile. Ce tracé constitue la charpente à laquelle viendront s'ancrer les divers festons et points. 

Lorsque la pièce est terminée, on l'accentue généralement en cousant un fagot de fils formant relief autour de sa circonférence. Une fois entièrement achevée, elle est détachée de son fond provisoire : la dentellière coupe, entre les deux épaisseurs de toile solide, le fil fragile dont nous avons parlé plus haut.

À l'inverse de la dentelle aux fuseaux, la dentelle à l'aiguille ne s'exécute qu'avec un seul fil à la fois. Ce fil suit un tracé libre et ne peut s'attacher qu'à un des points précédents.

Une troisième sorte de dentelle appelée "dentelle mixte" est soit la combinaison de dentelle aux fuseaux et de dentelle à l'aiguille, soit une dentelle d'application : dentelle aux fuseaux sur tulle, dentelle à l'aiguille sur fond drochel ou une combinaison sur un de ces deux fonds. La dentelle mécanique n'appartient pas, par définition, au domaine de la dentelle.

Nous savons pourtant qu'il est possible d'intégrer de façon harmonieuse certains éléments de dentelle mécanique à une composition, surtout lorsque, comme les jolies applications sur tulle mécanique du Second Empire, ceux-ci sont d'un intérêt secondaire.

C'est pourquoi l'on peut considérer cette dentelle comme de la dentelle faite main. La dentelle-ruban milanaise, dont le ruban formant le décor est tissé mécaniquement alors que les espaces intermédiaires sont occupés par une riche variété de dentelle à l'aiguille, est elle aussi cataloguée comme étant de la dentelle.

L'apparition de la dentelle en Europe

histoire de la dentelle

Génèse de la dentelle

C'est au sein de l'Europe occidentale qu'est née et s'est développée la dentelle.

Vouloir faire remonter son origine à l'Antiquité, et plus spécifiquement aux cultures orientales, nous semble exagéré. Ajourer un textile en reliant des fils entre eux au moyen d'une technique spécifique se faisait en effet dans certaines cultures anciennes non européennes. Les restes vestimentaires retrouvés dans des tombes montrent que des textiles faits de fils entrelacés servaient souvent à agrémenter le linge. Les lambeaux de tissu retrouvés sur des momies de l'ancienne Egypte sont des étoffes transparentes, non des dentelles.

On ne peut nier cependant que certaines pièces originaires de cultures orientales furent exécutées sur base de l'une ou l'autre technique dentellière.

Du point de vue technique il eût été facile de passer ensuite à la dentelle à l'aiguille. Il est cependant évident que les travaux à l'aiguille de ces civilisations aux structures différentes n'ont jamais donné naissance à de la dentelle.

Ce qui fait d'un textile une dentelle, ce n'est pas seulement sa technique, mais aussi son graphisme et sa fonction.

Les travaux d'aiguille et la broderie étaient d'ailleurs exécutés et appréciés un peu partout comme des formes d'art textile. Et il est clair qu'ils ont connu un développement solitaire, en fonction des besoins vestimentaires propres aux différentes cultures.

Pour plus de clarté, nous laisserons ces techniques en dehors du contexte de cet article. Mais nous verrons néanmoins quels furent les antécédents directs de la dentelle, c'est-à-dire les techniques qui influencèrent le passage vers la dentelle aux fuseaux ou la dentelle à l'aiguille, ou qui furent en liaison étroite avec elles.

Le type d'ornementation du linge réalisé en nouant des fils de chaîne selon un certain patron pour en faire des franges, offre l'aspect d'une transparence proche de la dentelle.

Il est très joliment illustré dans le petit panneau intitulé "Der Liebeszauber (Leipzig, Museum der bildenden Künste), peint entre 1470 et 1480 par un maître du Bas-Rhin. Les ouvrières, fascinés par les possibilités décoratives de tresses et de nœuds, réalisaient au moyen de ces techniques des galons servant à border le linge. Ceci donna naissance au macramé, un travail de nouage raffiné qui devint très populaire en Espagne sous le nom de fleco morisco. La macramé date de la fin du moyen-âge et ses premières représentations remontent au XVe siècle, mais sa technique a bravé les siècles et fait partie de l'artisanat de la côte ligurienne, avec Gênes comme centre, et de la Sardaigne où il a connu un véritable renouveau à la fin du XIXe siècle.

La broderie à jour, base de la dentelle à l'aiguille

broderie ajourée

La dentelle à l'aiguille est née d'autres techniques textiles manuelles plus simples comme la broderie ajourée. Qu'elles soient apparentées à la dentelle ou à la base de son origine, ces techniques ont été utilisées de tout temps et sont pour la plupart encore en vigueur aujourd'hui.

Considérées en Europe occidentale comme une occupation agréable et de bon goût, elles avaient même des allures princières : Catherine de Médicis (1519-1589) et la reine écossaise Marie Stuart (1542-1587) étaient d'actives brodeuses.

Fils tirés, fils écartés 

dentelle église

L'ornementation du linge se caractérisait au XVIe siècle par un goût de plus en plus prononcé pour la transparence. On l'obtenait en ôtant des fils de la toile et en retravaillant ceux qui restaient. Il arrivait parfois qu'on rassemble et qu'on travaille les fils prélevés.

On tirait quelques fils dans le même sens et on regroupait les autres selon un modèle toujours répété. Cette technique permettait aussi de retirer, selon un certain schéma, quelques fils du fond, de rassembler les fils restants et de sauvegarder la toile des motifs en la repliant, de sorte que ceux-ci forment par leurs parties massives un contraste avec le fond ajouré.

Une autre technique consistait à laisser tous les fils d'une toile tissée de manière lâche et d'envelopper ceux du fond suivant un patron quadrillé de façon à obtenir un fond transparent pour les motifs en toile qui pouvaient éventuellement être retravaillés afin d'offrir un effet encore plus contrasté.

On retrouve cette broderie à fil tiré (drawn work, trapunto, punto tirato, Duchbrucharbeit) dans la lingerie et l'ornement des coiffes mais aussi dans le linge d'église. De nombreuses pièces religieuses d'assez grandes dimensions étaient réalisées principalement dans les couvents et ceci sur l'ensemble du continent européen à partir du XVIe siècle.

Ce travail de la toile blanche, travail de longue haleine s'il en est, était produit assez massivement en Italie du Sud, en Sicile et en Sardaigne, mais aussi en Flandre.

Au XVIIIe siècle, aux environs de Dresde et de Leipzig, le "point de Dresde", une broderie à jour, visait à imiter la dentelle de Bruxelles; la différence entre les deux techniques était difficilement décelable au premier coup d'œil.

Cette broderie raffinée sur fond de mousseline transparente, qui était considérée au XVIIIe siècle comme de la dentelle, apparut en Flandre sous l'appellation de "point de Dinant" et fut très à la mode jusqu'en 1760. La production saxonne était également renommée.

Elle connut un grand succès sous le nom de "fils tirés de Saxe".

L'encyclopédie de Diderot et d'Alembert (édition de 1751-1780) mentionne même que : "La broderie en mousseline la plus estimée est celle de Saxe".

À l'époque cette broderie aristocratique fut très appréciée en France, et notamment à Nancy, et en Suisse, plus précisément à Saint-Gall d'où on l'exportait dans toute l'Allemagne.

Vers la fin du XIXe siècle, ce textile raffiné était surtout l'œuvre de couvents situés en Grèce, dans le sud de l'Italie et dans les îles de la Méditerranée.

Filets

dentelle filet

Tout au long de l'histoire on utilisa comme fond des étoffes ajourées.

Les motifs étaient exécutés au point de reprise ou selon des techniques de broderie. Signalons ici le travail du filet, nés de la technique des filets de pêche qui, aujourd'hui encore, est un travail manuel très apprécié. Le filet de base se compose de mailles carrées nouées à chaque angle. Son dessin, réalisé en toile ou en soie, était le plus souvent fait de lignes verticales et horizontales, mais parfois aussi de diagonales. Le filet lui-même remonte à l'Antiquité, mais les textiles en filet reprisé ou brodé n'apparaissent qu'à partir du début du XVIe siècle. Les plus anciens se caractérisent par des points de tissage et des points de reprise. Plus tard, on y introduira les divers points décoratifs que l'on trouve également dans d'autres broderies, ce qui donnera un effet de dentelle.

L'enlacement de la broderie avec le filet, c'est-à-dire le fond de base, est à l'origine du mot lacis donné également à ces textiles travaillés.

Au XVIe et XVIIe siècles, ce textile, tout comme la technique des fils tirés ou rassemblés, joua un rôle très important dans la décoration du linge d'église et spécialement du linge d'autel.

La filet était également mis en valeur, et de façon optimale, dans de grandes pièces d'ameublement comme les dessus-de-lit, les ciels de lit et les tentures, où il était le plus souvent utilisé en combinaison avec la dentelle à l'aiguille ou la dentelle aux fuseaux. 

À cause de son caractère plutôt grossier et schématique on l'aurait cru, à première vue, moins fait pour l'habillement mais on le retrouvait néanmoins dans les résilles, les sacs à main, les bourses, les ceintures ou les cols.

Il n'empêche que certains portraits ont illustré la fonction vestimentaire du filet. 

La duchesse Claude de Lorraine, fille de Henri II de France, porte sur son portrait (Munich, Alte Pinakolthek) un col tuyauté en filet, ce qui prouve bien que ce textile était prisé en France vers 1559.

Diverses formes de filet brodé étaient à la mode dans toute l'Europe du XVIe siècle comme on peut le voir dans plusieurs portraits.

En 1587, Vinciolo publia à Paris un recueil de modèles intitulé :

"Les Singuliers et Nouveaux Pourtraicts et ouvrages de Lingerie. Servans de patrons à faire toutes sortes de poincts, couppé, Lacis & autres. Dédié à la Royme. Nouvellement inventez, au proffit et contentement des nobles Dames et Demoiselles & autres gentils esprits, amateurs d'un tel art. Par le Seigneur Frederic de Vinciolo Venetien. Par Jean le Clerc le jeune... 1587. 

L'ouvrage comporte deux volumes : le premier représente, en blanc sur fond noir, de riches patrons géométriques destinés au point coupé, le second est consacré au lacis ou filet. L'auteur termine l'édition de 1594 par cette ode:

"Le Lacis recouvert sert de filet aux Dames,

Pour les hommes surprendre, & enlacer leurs ames,

Elles en font collets, coiffures & mouchoirs,

Des tentures de lits, tauaioles, pignoirs,

Et maint autre ornement dont elles les enlacent."

Le succès de ce recueil de modèles fut confirmé par plusieurs éditions dont l'une était dédiée à Catherine de Médicis.

Les recueils de modèles de filet se répandirent dans toute l'Europe, cette technique étant d'ailleurs universelle jusque vers le milieu de XVIIe siècle. A partir de ce moment ce type d'ouvrage ne figure plus dans les inventaires.

À partir de 1830, le filet brodé redevient à la mode. La guipure d'art, encore appelée filet brodé ou filet guipure, est un produit du XIXe siècle aisément reconnaissable. On y utilise, davantage que dans les pièces historiques une variété de points ornementaux. Les filets aux lignes en diagonale étaient nombreux au XIXe siècle et les motifs de ce textile campagnard étaient cernés d'un fil plus épais. Leurs thèmes étaient le plus souvent d'inspiration religieuse.

Au XIXe siècle, Chioggia (Italie) se spécialisa dans la copie de modèles de filet anciens, tandis qu'une industrie importante se développait au début de notre siècle en Gruyère suisse. La spécialité de Bosa (Sardaigne) au XIXe siècle était le filet noir aux décors et aux grandes polychromes. Après 1900 les motifs du filet furent réalisés au crochet pratiquement partout. Le filet mécanique était fabriqué, au XIXe siècle, à Saint-Gall et Plauen.

BURATTO ET QUINTIN

tissu buratto

Si l'on veut obtenir un textile décoratif et transparent, on peut aussi exécuter des points de devant ou de broderie sur une étoffe tissée à jour.

Ces réalisations sont appelées buratto ou Quintin, selon le lieu où on les produit.

L'aspect extérieur de ces textiles est pratiquement le même que celui du filet, avec lequel on confond parfois le buratto; les techniques sont également les mêmes.

Une caractéristique typique de cette étoffe tissée réside notamment dans le fait que sa chaîne est faite de deux fils relativement fins enroulés sur eux-mêmes, alors que les fils utilisés pour la trame sont plus épais.

L'appellation italienne d'origine, buratto, vient du latin bura, étoffe grossière et rappelle la toile de texture lâche qui servait à égoutter les fromages ou à bluter la farine.

Les motifs avaient généralement une origine religieuse et les dessins naïfs, le plus souvent figuratifs et mal proportionnés, trahissaient un caractère folklorique et campagnard. On utilisait cependant le buratto pour habiller de façon très élégante certains personnages de marque.

Il semblerait que le sud de l'Italie et surtout la Sicile furent à l'origine de cette activité textile. On y brodait l'étoffe à jours, le plus souvent au moyen de soies de couleur, dès la fin du XVIe siècle.

Le buratto pouvait aussi être de couleur noire comme le buratto noir de Lyon, un textile apprécié et couramment cité dans les inventaires, ce qui montre que Lyon le produisait en grande quantité. 

À partir du milieu du XIXe siècle, le buratto de toile blanche connut un nouveau succès, surtout en Italie.

Le nom de Quintin ou Quintain trouve son origine dans la ville bretonne où l'on réalisait des ouvrages raffinés de ce type.

POINTS COUPÉS

dentelle point coupé

Afin de satisfaire au maximum le désir de transparence, on faisait du point coupé (gesneden werk, punto tagliato, cutwork) qui, bien que de structure géométrique, offrait de plus larges possibilités sur le plan du graphisme.

On coupait de petits morceaux de toile tout en laissant subsister de fines cloisons entre les ouvertures. Ces dernières étaient ensuite garnies de fils tendus que l'on travaillait pour en faire des cordelettes.

L'étoffe était consolidée par des points de feston ou des points enroulés, sortes de points d'appui pour les fils qui, déployés en rayon allaient construire le dessin.

Le décor de ces premières broderies était, nous l'avons dit, très géométrique, puisqu'il devait suivre le sens des fils de la toile. Même si des décors textiles géométriques figurent déjà dans l'iconographie du XIVe siècle, leur technique ne se répandit qu'au cours du XVIe siècle.

Le terme punti tagliati ou point coupé apparaît pour la première fois dans le recueil des modèles Giardinetto nuovo di punti tagliati de Matio Pagano, publié à Venise en 1542.

Il est clair que Pagano n'était pas l'inventeur de cette technique, mais que pour ses créations, il s'inspirait d'une technique déjà à la mode depuis tout un temps dans son pays et au-delà des frontières.

Il était souvent question de point coupé dans les inventaires de l'Italie du XVIe siècle. En voici un du Castello d'Issogne dans le Val d'Aoste, daté de 1565 :

" Deulx part du devant de manges de toile clère faict a ouvraige coppé de fil blanc. Quatre covertes de toile clère ovrée a ouvraige soupé de fil blanc" .

Dans les textes historiques on rencontre souvent le terme anglais "Flanders work", qui désigne une broderie blanche à jour, probablement du point coupé.

En 1546, un marchant florentin obtint de Henry VIII l'autorisation de faire du commerce dans le royaume, mais avant de proposer sa marchandise à d'éventuels clients, il devait laisser le roi faire son choix.

La préférence du souverain alla, entre autres, aux mouchoirs en Flanders work. 

Dix ans plus tard, la reine Marie Tudor, reçut comme cadeau d'anniversaire "a fair smock of white work, Flanders making".

À partir de 1584, les comptes de la reine Elisabeth mentionnent fréquemment des broderies ajourées, ou du point coupé : 

" For one yard of double Flanders cut work...".

Vers la fin du XVIe siècle, on utilisa cette technique pour se lancer dans la création de formes plus libres, soit en blanc soit en couleur. L'Espagne réalisa énormément de pièces richement brodées mises sur le marché sous l'appellation de point d'Espagne.

Que l'on songe aux spécimens dont les motifs en fond de toile blanche étaient entourés de fils d'or et de soie de couleur.

Le point coupé était utilisé tant pour le linge de maison que pour les vêtements, 

surtout en garniture de cols et de coiffes. De nombreux et superbes bonnets en point coupé ont bravé les siècles et sont conservés dans plusieurs musées d'Europe. 

Dans le portrait de l'épouse et de 5 filles de Christophe Plantin (De Backer J., Anvers, Cathédrale) les fillettes portent un bonnet très raffiné réhaussé de point coupé.

Dans l'ouvrage du Vénitien Cesare Vecellio Habiti antichi et moderni di tutto il mondo, publié en 1590, on peut voir les costumes de trois dames anversoises.

La reproduction de deux d'entre eux est accompagnée d'un court commentaire qui attire l'attention sur la qualité du linge et la beauté de son décor : "Noble dame d'Anvers [...] Elles apprécient plus que toute autre le linge qu'elles travaillent de façon sublime".

Une deuxième notice se traduit par : "Noble dame du Brabant ou d'Anvers [...] Elles portent des cols d'un exceptionnel raffinement qui par leur réputation éclipsent toutes les nations".

Il ressort du livre de comptes (1556-1558) de l'épouse de Christophe Plantin, négociante en dentelles et en toile, combien le XVIe siècle attachait d'importance à la décoration de la lingerie comme produit industriel et commercial.

Celle-ci connut une nouvelle période faste à la fin du XIXe siècle, parfois sous d'autres appellations.

On parlait par exemple de dentelle grecque, sous prétexte qu'on découvrait beaucoup de points coupés dans les tombes grecques, alors que ces textiles étaient en fait importés d'Italie.

Le point coupé le plus souvent réalisé au XIXe siècle l'était en grosse toile.

Les techniques commentées ci-dessus sont à l'origine de la dentelle à l'aiguille et sont universelles : on les trouve dans toute l'Europe. Elles ne sont pas tombées en désuétude mais ont mené leur vie propre.

RETICELLA ET PUNTO IN ARIA : LA PREMIÈRE DENTELLE À L'AIGUILLE

dentelle reticella et punto in aria

La reticella est une forme très poussée de point coupé. Quoique à proprement parler on ne puisse pas la considérer comme de la dentelle puisqu'il ne s'agit pas d'un textile indépendant - ce qui distingue précisément la broderie de la dentelle - on la considère cependant comme de la dentelle à l'aiguille.

Sa richesse ornementale, le rythme de ses arceaux, ses rayons fasciculés, ses étoiles et ses rosettes, ainsi que sa parenté technique avec la véritable dentelle à l'aiguille en ont fait un textile transparent, décoratif et somptueux, qui le rend digne de s'appeler dentelle.

Le terme reticella est italien, mais on sait que l'on réalisait du point coupé de ce type dans toute l'Europe et couramment en Flandre. Selon certains auteurs, l'appellation tirerait son origine du mot rete, qui signifie filet, du mot radius qui veut dire rayon, petite barre, ou encore de radi zèna, un terme slave qui désigne une technique ornementale textile présentant le même graphisme et très courante en Dalmatie. 

Le graphisme de la dentelle reticella est très proche de celui des diverses espèces de sols espagnols qui eux aussi ont une base de fils en forme de rayons retravaillés au point de feston et autres.

Le terme reticella apparaît pour la première fois sous la plume de Cesare Vecellio, dans un recueil de modèles publié à Venise en 1592, Corona delle nobili e virtuose donne : "...tutte le sorti di Mostre di [...] Punti a Reticella...".

Cette broderie à jour existait cependant depuis plus longtemps et on en trouvait les dessins dans des œuvres publiées antérieurement, notamment dans le recueil de Pagano. Dans Les singuliers et nouveaux pourtraicts... édité en 1587, Vinciolo donne à ce graphisme, le nom de point coupé. 

Le terme reticella fut utilisé pendant une période assez longue, à la fois pour la dentelle exécutée sans support et pour le punto in aria au décor géométrique.

Au XVIe siècle les techniques de broderie sur lingerie blanche étaient variées et raffinées, d'autant que la lingerie n'occupait plus le rôle secondaire qui avait été le sien.

On pouvait désormais voir la chemise, et plus seulement le col et les manchettes à travers les nombreuses ouvertures pratiquées dans le vêtement.

Il fallait donc qu'elle fut joliment achevée. Dans les vêtements de luxe portés par les classes aisées, les bords dentelés étaient depuis quelques temps très à la mode. Le cuir et le drap étaient dentelés et cette forme fut longtemps appelée dentelle sans qu'il soit question pour autant de dentelle textile.

Sous l'influence de ces tendances déjà en vigueur au XVIe siècle, on voulut également denteler les bords de la lingerie, ce qui était impossible à réaliser en point coupé, puisque la toile n'aurait pas résisté au fait qu'on retire des fils dans les deux sens.

La seule possibilité consistait à tendre séparément un réseau de fils, sur un parchemin par exemple, et à travailler ensuite ces fils au point de feston, de façon à ce que le jeu de fil ait une certaine solidité et un aspect décoratif.

On pouvait alors détachait la pièce de son support provisoire. 

Cette nouvelle technique fut appelée punto in aria c'est-à-dire point en l'air.

Différant donc d'une quelconque forme de broderie, l'ouvrage ainsi obtenu n'avait aucun support, et était totalement indépendant de l'étoffe, particularité qui élevé cette technique au rang de dentelle.

Il semblerait que ce soient des brodeuses probablement flamandes ou italiennes, qui réalisèrent ce travail les premières et peut-être au même moment.

L'avant-propos d'un recueil de modèles de dentelle à l'aiguille, œuvre de Jaques Foillet parue à Montbéliard en 1598 sous le titre de Nouveaux pourtraicts de point coupé et dentelles... en donne quelques détails techniques :

"Je n'ay voulu omettre de vous dire que pour faire des dantelles il vous faut jetter un fil de la grandeur que désirés faire vos dantelles et les cordonner, puis jetter les fils au-dedans, qui fera tendre le cordon et lui donnera forme carré, ronde ou telle autre que désirerés [...] Ce qu'étant faict, vous parachèverez facilement".

Mais revenons à la reticella. Les fils de support ne provenaient pas tous de la toile originales. Il arrivait qu'ils fussent tressés à l'aide de fuseaux (4fils) ou sur les doigts (3fils), et dans certains cas on n'utilisait que deux fils torsadés.

Les brides de support étaient ensuite festonnées à l'aiguille et travaillées selon les techniques de la reticella ou de la dentelle à l'aiguille. Ces textiles n'étaient ni aussi beaux ni aussi chers que les reticellas cousues selon la technique classique du point coupé.

La reticella et la dentelle à l'aiguille simple, réalisées sur une trame de brides faites aux fuseaux, représentaient, semble-t-il, une technique couramment utilisée. D'où l'habitude de leur attribuer une origine flamande.

LA PASSEMENTERIE ET LA PREMIÈRE DENTELLE AUX FUSEAUX

dentelle aux fuseaux

Il y a un lien étroit entre l'origine de la dentelle et le linge de maison blanc et, en ce qui concerne la mode vestimentaire, entre la dentelle et la chemise qui, à partir du début du XVIe siècle, remplit une fonction importante.

Les fronces autour du cou étaient rassemblées sous un superbe galon de fils de soie, d'or ou d'argent. 

Ces galons ou passements pouvaient être noués, brodés, tissés, tressés ou même travaillés aux fuseaux.

Le terme passementerie est un nom collectif qui désigne tout travail d'application utilisé dans le mobilier et le vêtement. Les passements tissés et tressés furent les précurseurs directs de la dentelle aux fuseaux. 

Celle-ci combine d'ailleurs les techniques du tissage et du tressage.

Cette passementerie au nombre de fils limité, réalisée suivant le principe de la dentelle aux fuseaux, l'était parfois sur un fond en bois dans lequel on enfonçait des chevilles également en bois ou en fer qui servaient de support aux fils que l'on posait tout autour.

On pouvait la faire également sur un coussin vertical comme en voit sur le frontispice du recueil de modèles édité par Froschauer à Zurich en 1561 sous le titre de Nüw Modelbüch allerley Gattungen Däntelschnür.

La forme des coussins catalans et maltais utilisés de nos jours remonte d'ailleurs à ceux du XVIe siècle.

Les passements d'or et d'argent étaient très chers, mais pour ceux qui ne pouvaient se les payer et surtout pour les ornements des costumes de fantaisie des gens de théatre, on en faisait aussi en cuivre.

Toutefois, pour des raisons hygiéniques et pratiques, on remplaça cette passementerie colorée ou brillante, et trop rêche pour la lingerie, par des galons de lin blanc.

Ceux-ci conféraient au vêtement une note fraîche et élégante.

Le passage de la passementerie à la dentelle aux fuseaux se fit vers le milieu du XVIe siècle, probablement simultanément en Flandre et en Italie.

À partir du moment où ces passements de lin blanc furent réalisés aux fuseaux, on parla de dentelle. 

Dès lors, la richesse de la dentelle ne résida plus dans la matière luxueuse et brillante mais dans le raffinement de plus en plus poussé des dessins et de la technique.

Les premiers passements ou les premiers métrages réalisés aux fuseaux étaient très légers et suivaient un tracé géométrique le plus souvent dentelé sur lequel devaient se croiser des brides de 4 fils.

Quand les brides étaient réunies entre elles, il arrivait qu'il y ait trop de fils.

Il fallait alors tisser ceux-ci, ce qui donna le toilé et le demi-passé, deux techniques qui constituent le mat de la dentelle.

C'est à partir du XVIe siècle et peut-être même un peu plus tôt que la dentelle géométrique apparaît dans le vêtement, et plus particulièrement au bord des cols tuyautés et des manchettes. Elle se maintiendra jusqu'au premier quart du XVIIe siècle.

Le premier livre de modèles consacré explicitement à la dentelle aux fuseaux est de la main de Le Pompe et fut édité à Venise en 1557.

La dentelle historique du type passement disparut de la mode à partir du moment où le jeu mouvementé des lignes du baroque la supplanta au profit de la vivacité du dessin floral.

Elle a cependant traversé les siècles et plus spécialement dans sa production rurale.

Les bandes de dentelle dentelée revinrent à la mode dans toute l'Europe au XIXe siècle.

Arrêtons-nous un instant au concept dentelle. Comme pour le terme passement qui serait dérivé de passe, un mot très ancien signifiant chemin ou lisière de l'étoffe, le mot kant en néerlandais se rapporte lui aussi à un lieu, un endroit : le bord (kant) de la toile.

Le terme anglais lace rappelle la bande, le ruban ou le galon. Lorsque, sous l'influence de la mode, on dentèlera les passements, on verra surgir les expressions passements dentelés ou Spitzen, dentelle, merletti ou puntas.

Le Dictionnaire de l'Académie de 1964 la décrit comme suit : "Dentelle, sorte de passemant à jour et à mailles très fines ainsi nomé parceque les premières qu'on fit étoient dentelées".

Le terme guipure vient de guiper, enrouler du fil. Dans la passementerie, il arrivait que l'on enroule des fils de soie ou de métal autour de fils épais ou de petites bandes de parchemin (dentelle à cartisane) pour leur donner un aspect plus riche.

Ces guipures étaient réalisées pour la plupart aux environs de Paris.

On donna aussi le nom de guipure à la dentelle aux fuseaux et à la dentelle à l'aiguille, ce qui prête à équivoque.

Il s'agit généralement de motifs réunis par un fond de brides. 

La dentelle faite de brides ou de barres présente en effet quelque ressemblance avec cette forme de passementerie.

Il arrive également que, dans certains textes, des types de dentelle-ruban rappelant la "parchment lace" soient appelés guipures.

Les dentelles aux fuseaux et à l'aiguille sont nées ensemble et non pas l'une de l'autre, puisque deux techniques totalement différentes sont à l'origine de leur apparition.

Ni sur le plan stylistique, ni sur le plan fonctionnel, on ne peut distinguer l'un de l'autre les deux principaux groupes de dentelles. 

Au cours de leur histoire, ils ont recherché le même graphisme et se sont influencés mutuellement.

C'est pourquoi il est souvent difficile ou même impossible de les différencier sur des gravures et des tableaux.

Quand est apparût la dentelle ?

dentelle ancienne

Où et quand la dentelle a-t-elle fait son apparition ? Cela reste un mystère.

Il est plus aisé d'essayer de savoir comment et à partir de quels besoins elle est née et quelle fut son évolution.

Des portraits d'aristocrates nous montrent des costumes agrémentés de dentelle à partir du milieu du XVIe siècle.

À l'aide d'archives et de documents iconographiques nous pouvons bien sûr vérifier les références de certaines mentions ou reproductions, mais on n'est jamais certain qu'il s'agisse là de la source la plus ancienne puisqu'on peut à tout moment en découvrir d'autres.

On ne peut pas davantage déterminer l'origine précise dans le temps, puisque la dentelle est née de techniques existantes et que l'on ne peut dater avec exactitude une évolution.

Il est toutefois établi que dans le troisième quart du XVIe siècle la production de dentelles était répandue dans toute l'Europe.

De nouvelles conceptions philosophiques s'étant manifestées dans le style de vie, la mentalité et la mode semblaient favorables au développement de ce nouveau produit de luxe.

Les idées de la Renaissance prônaient une revalorisation de l'être humain en tant que personnalité, et par conséquent le développement des arts et des lettres, le raffinement des manières, l'observation des choses de la terre et le sens de l'hygiène. C'est sous ce jour qu'il faut voir l'apparition de la dentelle, c'est-à-dire comme le résultat du progrès technique lié au besoin de beauté.

De nombreux éléments entrant en ligne de compte dans la définition de sa terminologie, il n'apparaît pas toujours clairement à quel moment les sources écrites parlent de dentelle.

C'est ainsi qu'en Flandre la dentelle est souvent désignée comme passement parce que seuls les passementiers avaient le droit de produire ce genre de galons.

Ils étaient d'ailleurs rassemblés au sein d'une gilde qui leur octroyait des facilités.

Ce n'est que lorsque la dentelle devint une activité domestique qu'elle put être considérée comme indépendante de la gilde et que la terminologie devint moins contraignante.

En Flandre, on parlait par exemple de spellwerk (travail aux épingles). En ce qui concerne les sources italiennes, signalons les textes de l'inventaire Sforza de Milan en 1493.

Dans l'article 428 nous lisons : "Tarneta d'oro e seda negra, facta do ossi".

D'autres sources italiennes se réfèrent à une origine ancienne de la technique de la dentelle aux fuseaux, mais sous une forme élémentaire.

Le texte "per fare per mano de la damiselle cordella de oro e de seda... a piombino" extrait des archives de Modène (1476) prouve l'emploi de fuseaux (piombino) dans la passementerie d'or et d'argent.

La référence au célèbre recueil de modèles de Froschauer est d'une grande importance puisqu'on y dit que la dentelle aux fuseaux aurait été introduite à Zurich par des marchands italiens en 1536.

La thèse selon laquelle la dentelle serait apparue vers le milieu du XVIe siècle s'appuie sur le fait que ce n'est qu'à partir de cette époque qu'on en voit sur les portraits. Certaines sources moins importantes recourent cependant, à une date plus ancienne. 

Les Primitifs flamands que l'on peut situer à la charnière du moyen-âge et des temps nouveaux, peuvent être considérés, pensons-nous, comme les artistes du détail par excellence, les maîtres du rendu de la matière. Ils déployaient leurs activités dans la Bruges bourguignonne ou dans d'autres villes flamandes comme Anvers, Bruxelles, Gand ou Louvain qui, du fait de leur expansion économique et culturelle, pouvaient accueillir des princes et de riches marchands.

Ceux-ci chargeaient les artistes de nombreuses commandes d'œuvres religieuses.

Or on ne trouve aucune trace de dentelle sur ces panneaux, exception faite pour quelques spécimens que nous commenterons plus loin.

Si elle avait existé à l'époque, on l'aurait d'autant plus volontiers représentée qu'elle était la marque d'une élite à laquelle appartenaient les commanditaires de ces oeuvres.

On admet généralement que la reproduction de dentelle la plus ancienne figure sur le "Retable de Jacob Floreins" (Paris, Musée du Louvre) réalisé vers 1490 à la demande de Floreins par le peintre brugeois Hans Memling (vers 1440-1494).

Cet important document nous montre, sur le vêtement du fils aîné de Floreins, une petite bande de dentelle au dessin géométrique et aux bords dentelés.

Un autre panneau de ce maître éminent le portrait de Jacob Obrecht (Fort Worth, Kimbell Art Museum) comporte lui aussi de la dentelle.

Les amateurs de dentelle ne soupçonnaient pas que la tunique de Jacob Obrecht était réhaussée d'un ornement textile du même type.

Memling, il y a 500 ans, était donc apparemment fasciné lui aussi par ce textile raffiné et délicat, et possédait le don de le rendre de manière sublime.

Sur une toge brune, Jacob Obrecht porte un surplis de batiste transparente ornée, au cou et aux manches, d'un galon blanc ajouré aux bords dentelés, comparable à celui du rochet du fils aîné de Jacob Floreins cité ci-dessus.

Il n'est pas absolument sûr qu'il s'agisse, dans les deux cas, de dentelle, mais la forme des deux petits bords nous le fait penser.

De cette période et de celles qui ont suivi, on a conservé divers petits textiles ingénieux réalisés généralement en broderie à fils tirés ou en point coupé.

Dans le portrait de J. Obrecht, l'entre-deux de la manche fait songer manifestement au point coupé, car les espaces ouverts entre les jonctions sont relativement grands. Les bords dentelés dans les manches ou à l'encolure ne peuvent toutefois être en point coupé, puisque cette technique implique le découpage de petits morceaux de toile et l'emploi des fils de chaîne et de trame comme point d'appui pour les points de feston et autres points ornementaux, ce qui est absolument impossible avec un dessin dentelé d'une telle finesse.

Les fils de chaîne et de trame, une fois découpés en diagonale, perdent leur fonction de point d'appui et doivent nécessairement s'effilocher.

Une autre méthode, également acceptable, qui pourrait expliquer l'effet dentelé, consiste à broder les motifs directement sur l'étoffe transparente.

De toute manière, il s'agit ici d'un petit bord appliqué, et certainement en ce qui concerne l'encolure.

Le modelé des ombres montre que les fronces de surplis commencent sous le bord dentelé.

C'est pourquoi il est quasi certain que la technique utilisée pour cette bordure est celle de la dentelle. Les petites dents sur les manches auraient alors été exécutées selon la même technique que le bord de l'encolure.

Il est frappant de constater qu'il s'agit, dans les deux cas, de l'ornementation d'un surplis. On peut se demander si les artisanes de ces rochets étaient les mêmes religieuses créatives.

Comme nous l'avons dit plus haut la dentelle, et plus spécifiquement la dentelle à l'aiguille, est née de la broderie blanche à jour fort à la mode dès le XVe siècle.

Du point coupé à la dentelle à l'aiguille, il n'y a qu'un petit pas. La seule différence réside dans le fait que, dans la dentelle à l'aiguille, les fils de support sont remplacés par un réseau de fils (ici, de petites dents) mis en forme et sur lequel on travaille.

Dès lors, pourquoi ne pourrait-on imaginer que - fût-ce un demi-siècle avant que la dentelle ne joue un rôle économique et vestimentaire - des femmes aient appliqué une technique aussi logique, dans l'impossibilité où elles se trouvaient de transposer l'aspect dentelé selon la technique des points coupés ?

Comme c'est le cas pour la dentelle à l'aiguille, on peut supposer que la dentelle aux fuseaux était déjà pratiquée individuellement avant la période où elle fut considérée comme une industrie importante ou mentionnée comme spellewerk dans les documents successoraux. 

La passementerie, c'est-à-dire les galons faits de fils tissés, existait bien avant l'époque de la dentelle. Pourquoi une brodeuse isolée n'aurait-elle pas remplacé, dans une commande, les fils de soie colorés et brillants ou les fils d'or et d'argent typiques de la passementerie, par du fil de lin blanc ?

Devant un tableau reproduisant de la dentelle, même si elle est magistralement détaillée, il est toujours très difficile de déceler s'il s'agit de dentelle aux fuseaux ou de dentelle à l'aiguille, à moins qu'elle ne présente un graphisme spécifique.

Les formes des premiers bords dentelés étaient identiques, qu'ils soient réalisés aux fuseaux ou à l'aiguille.

En comparant des documents iconographiques, plus tardifs il est vrai, nous découvrons davantage de dentelles à l'aiguille dentelées que de dentelles aux fuseaux combinées avec du point coupé, les techniques étant très proches.

Ce n'est pas parce que Memling a reproduit de la dentelle un demi-siècle avant son apparition, que Bruges, doit être considérée comme le premier centre de production dentellière.

Les vêtements de quelques personnages n'impliquent pas nécessairement que la dentelle fût d'un usage courant, et on peut donc difficilement parler de production.

D'autre part, il est possible que ces vêtements aient été importés, même si Bruges était à l'époque un centre mondial de la mode.

L'origine de la première dentelle se perd en effet dans le brouillard, mais quoi qu'il en soit, l'ébauche d'une dentelle célèbre et de bon goût, aux fuseaux ou à l'aiguille, était esquissée, fût-ce de façon limitée et élitaire.

Où est née la dentelle ? 

origine dentelle

Il n'est pas plus aisé de déterminer où est née la dentelle. On trouve bien sûr des sources anciennes un peu partout en Europe, puisque la production de dentelles y était courante. Il existait d'ailleurs à l'époque une intense circulation des idées et des marchandises. Les peintres et les dessinateurs, les hommes de science, les philosophes et les banquiers d'Espagne, d'Allemagne, de Flandre, d'Italie et de France se rendaient dans les diverses métropoles d'Europe occidentale, opérant ainsi inévitablement une fusion des différentes cultures. La dentelle a donc pu profiter de ces précieuses influences.

L'échange de recueils de modèles faisait circuler les mêmes idées à travers toute l'Europe. La mode, domaine par excellence de la dentelle, était pratiquement la même dans les divers pays, mises à part quelques originalités locales.

Il était logique que l'art de la dentelle se développât dans les régions de haute conjoncture, là où la population désirait s'affirmer dans le domaine de la mode et aspirait à toujours plus de raffinement. La présence de matières premières de bonne qualité, à savoir du lin de premier choix, était également favorable au développement des nouvelles techniques. On trouva donc normal de citer la Flandre et l'Italie comme berceaux.

Au XVIe siècle, la république de Venise était une grande puissance commerciale.

Elle contrôlait la totalité du marché entre l'Europe et l'Orient et dominait la Méditerranée.

L'industrie de la soie et la production de fils de métal favorisaient la fabrication de passements. La broderie qui, contrairement à la passementerie, était réalisée dans les couvents, acquit une renommée internationale.

À la fin du XVe siècle, Savonarole condamna les couvents qui exécutaient ces broderies et d'autres textiles luxueux pour l'aristocratie.

Il est évident qu'à partir du moment où les Pays-Bas méridionaux envisagèrent la possibilité de réaliser de la dentelle aux fuseaux, ils mirent tout en œuvre pour faire de cet art, et dans les plus brefs délais, une industrie florissante.

Venise, qui occupait une position non négligeable dans la dentelle aux fuseaux, fut de tout temps à la pointe de l'industrie de la dentelle à l'aiguille.

Ces développements ne sont pourtant pas déterminants lorsqu'il s'agit d'établir l'origine de la dentelle.

Les documents successoraux milanais datés de 1493 qui décrivent le partage des biens entre les sœurs Angela et Ippolita Sforza-Visconti, parlent de "tarneta una d'oro et seda negra facta d'ossi", donc de dentelle aux fuseaux.

Ces mêmes archives parlent aussi d'un bord réalisé au moyen de 12 fuseaux et devant servir à border un drap.

Il s'agit indubitablement d'un stade précoce de dentelle aux fuseaux, probablement même de passementerie.

Un autre document, à savoir un recueil de modèles imprimé à Zurich en 1561, le Nüw Modelbuch allerley gattungen Dantelsschnür, dit que la dentelle y fut importée 25 ans plus tôt, c'est-à-dire en 1536, par des marchands italiens et vénitiens, et relate que quelques dames intelligentes, ayant essayé de l'imiter, étaient arrivées à plus de fantaisie dans le dessin, et à une perfection plus grande.

On peut donc en conclure, que Venise produisait déjà un type de dentelle aux fuseaux en 1536. Ce que ces documents appellent de la dentelle est dans doute de la passementerie, mais quoi qu'il en soit, il s'agit de bandes réalisées aux fuseaux.

De nombreux marchands anversois s'étaient fixés à Venise à partir du début du XVIe siècle pour y faire le commerce de textiles flamands, notamment de drap et de fil. L'hypothèse selon laquelle ils auraient importé la dentelle n'est pas imaginaire.

Des influences réciproques auront de toute manière aidé à déterminer sa forme et ses techniques.

Divers auteurs se réfèrent pourtant à l'Espagne comme berceau éventuel de la dentelle. Lefébure dit par exemple que ce n'est certainement pas la France qui a inventé la dentelle, mais probablement la Flandre, l'Italie ou même l'Espagne.

Il n'en apporte toutefois pas la preuve. Nous n'aurons certainement jamais de certitude sur le sujet, puisque dès le XVIe siècle des caravanes de marchands se déplaçaient à travers l'Auvergne en direction de l'Espagne, de l'Italie, ou de la Flandre, et vice-versa, de sorte que l'on produisait sans doute de la dentelle simultanément dans toutes ces régions.

Les origines de la dentelle s'accompagnent de légendes intéressantes.

Chaque région à la sienne, mais elles ne furent annotées qu'au XIXe siècle, donc bien longtemps après la naissance de la dentelle.

Si elles ont un intérêt folklorique ou littéraire, elles n'ont donc pratiquement aucune valeur historique. 

Le fil rouge qui sous-tend chaque légende est le désir profond d'imiter, au moyen de fils, une merveille de la nature.

Une version italienne se déroule dans l'atmosphère méditerranéenne de la lagune vénitienne.

Un marin avait offert un corail à sa bien-aimée. Lorsque le jeune homme périt en mer, la jeune femme essaya d'imiter le corail à l'aiguille pour se consoler.

Une légende brugeoise raconte l'idylle entre un jeune homme et une jeune fille, et c'est cette dernière qui inventa finalement la dentelle. Vivant dans la grande pauvreté, Serena avait promis à Notre-Dame de renoncer à l'amour d'Arnaud si un miracle la délivrait de ce fléau.

Un jour qu'elle s'était assise au pied d'un arbre, elle vit des toiles d'araignée tomber du ciel sur son tablier noir. Fascinée par ce travail délicat, elle l'emporta chez elle, l'étudia et essaya de l'imiter en utilisant les fils de son rouet.

Elle parvint à réalise des merveilles avec des fils bobinés sur des fuseaux.

La nouvelle se répandit dans les milieux aristocratiques de Bruges.

Les commandes affluèrent. Le miracle s'était produit. Serena était peut-être l'inventrice de la dentelle, mais, victime de sa promesse à Notre-Dame, elle ne pouvait épouser Arnaud. Bien plus tard, elle alla s'asseoir sous le même arbre, et vit à nouveau des toiles d'araignée se répandre sur son tablier, mais elles formaient cette fois une couronne de mariée. Serena et Arnaud se marièrent, vécurent longtemps, et eurent beaucoup d'enfants qui firent la gloire de la dentelle.

Ces récits charmeront sans nul doute les âmes romantiques, mais l'amateur de dentelle dont les préoccupations sont d'un ordre plus scientifique aura compris que la dentelle est née de techniques préexistantes. 

Nous ne pourrons jamais établir avec certitude par qui et où furent jetées les bases de la dentelle. Et n'est-ce pas finalement d'un intérêt secondaire ?

Ce qui est important c'est l'enthousiasme avec lequel un peuple a développé cet art et son industrie à travers les siècles.

Choisissez le vêtement en dentelle qui vous correspond le mieux

Nous avons voyagé à travers l'histoire et le temps, afin d'essayer de déterminer et de comprendre comment cet art textile s'est formé au fil des années.

De nombreuses nations ont participé à son élaboration et à son évolution, et toutes ces influences ont laissé leurs marques indélébiles, dans la dentelle que nous connaissons encore à l'heure actuelle.

Vous comprenez maintenant les différentes significations et origines de la dentelle, et vous êtes désormais en mesure de choisir le vêtement en dentelle qui correspondra le mieux à vos désirs, à vos attentes, et qui saura le mieux vous mettre en valeur.

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