Dentelle anglaise

Vous êtes déjà fin connaisseur de dentelles françaises et italiennes, mais vous souhaitez découvrir les secrets du succès de la dentelle anglaise ? Vous appréciez les motifs arborés par les princesses, rois et reines anglais, et vous souhaitez connaître toutes leurs significations ?

Partageons ensemble cette ardente passion pour la broderie, la guipure, et la dentelle anglaise.

Vous découvrirez dans cet article :

  • Les origines et l'évolution des techniques liées à la création de guipures anglaises
  • Les chefs-lieux de la création de dentelle anglaise 
  • Les tendances qui ont révolutionné le milieu

Découvrons ensemble sans plus tarder ces artistiques merveilles…

Dentelles historiques et centres dentelliers en Grande-Bretagne et à Malte.

Les sources les plus anciennes de l'introduction de la dentelle

notable anglais portant dentelle

Des portraits de notables anglais témoignent de l'intérêt porté à la parure des prestigieux costumes : des bords en point coupé, des dentelles d'or ou d'argent, ou tout simplement blanches ou noires, confortaient la noblesse dans l'opinion qu'elle avait d'elle-même.

Des comptes et des rapports du XVe siècle faisaient déjà état de passements ou de galons appelés lace, même s'il ne s'agissait pas encore de dentelle aux fuseaux ou à l'aiguille.

Quant aux "pasments of gold", aux "passmeyn riband" portés par Marie I et Edouard VI en 1545 et aux "passmeyn laceof bone work of gold" mentionnés dans les comptes de Lord Chamberlain, ils relèvent bien de la technique de la dentelle aux fuseaux.

À l'époque de la reine Elisabeth (1533-1603), la mode à la cour d'Angleterre était une des plus fastueuses, si l'on en croit des factures faramineuses.

La reine, c'était bien connu, avait une prédilection pour les nouveautés étrangères, et surtout pour les textiles italiens et flamands.

Les archives de la famille anversoise Plantin montrent qu'on exportait massivement les textiles ornementaux et parmi eux la dentelle.

Celle-ci était destinée à border la fraise, portée indistinctement par les hommes et par les femmes, et le col Stuart, un col féminin rigide en forme d'éventail et montant très haut dans le cou, qui mettait merveilleusement en valeur la belle reticella et les premiers motifs en dentelle aux fuseaux.

L'arrivée de Vinciolo à Londres en 1587, à l'occasion de la réédition de son recueil de modèles parisiens, montre combien on y appréciait le linge fin.

Ce n'est qu'en 1624 que l'Angleterre publia son premier recueil de modèles de broderie et de dentelle à l'aiguille. Il était l'œuvre de Shorleyker et témoigne de la prédilection des anglais pour les fleurs, les animaux et les figures.

A schole-house for the needle, qui contenant aussi de nombreuses copies de modèles italiens et allemands, fut réédité quatre fois.

La dentelle aux fuseaux aurait été introduite en Angleterre par les réfugiés flamands qui avaient quitté le continent, fuyant le duc d'Albe, l'occupation espagnole, et les horreurs de l'inquisition (1568-1577).

De nombreux noms flamands ont survécu dans les villages du Bedfordshire et figurent dans les registres paroissiaux de Honiton.

Ces registres mentionnent que "some live by making matches of hempe stalks", ans parchment lace".

Dans la Parchment lace, une forme de passementerie aux fuseaux, on emploie de précieux fils enroulés sur des languettes de parchemin, comme le montrent des inventaires du milieu du XVIe siècle : "One cassock of wrought velvet with parchment lace of gold" et "Parchment lace of watchett (bleu ciel) and syllver...".

La thèse selon laquelle la Flandre aurait introduit la dentelle en Angleterre n'est pas acceptée par tous les auteurs. Yallop prétend, preuves à l'appui, que l'on rencontrait des noms flamands en Angleterre bien avant l'arrivée des réfugiés.

Il est persuadé que la dentelle fut amenée par les Italiens, avec lesquels le pays entretenait d'importantes relations commerciales.

La culture italienne y était fort à la mode au XVIe siècle : une colonie italienne vivait à Londres et l'on trouve de nombreuses références à l'Italie dans des textes officiels.

La production nationale au XVIIe siècle

dentelle aux fuseaux anglaise

Le terme anglais bone-lace désigne la dentelle aux fuseaux. Les fuseaux en bois, d'une pratique courant dans toute l'Europe, étaient remplacés ici par des fuseaux en os dont les premiers étaient faits à partir de pattes de mouton.

Les dentellières du Devonshire avaient l'habitude d'utiliser des fish-bones, des arêtes de poisson, au lieu d'aiguilles en métal, trop chères.

À l'occasion de sa visite à Stratford, où il rencontra des dentellières, Shakespeare écrivit en 1612, dans Twelfth-Night : "The spinsters and the knitters in the sun, and the free maids that weave their threads with bones...".

La célèbre épitaphe de Honiton (1617) mentionne "James Rodge, bone-lacer siller", ce qui témoigne d'une production et d'un commerce de dentelles dans cette ville.

La fabrication de bone-lace était l'apanage de la classe pauvre, la dentelle aux fuseaux représentant un salaire d'appoint indispensable. Thomas Fuller décrit comme suit la situation misérable des dentellières de Honiton en 1640 : "Many lame in their limbs and impotent in their arms, if able in their fingers, gain a lively-hood thereby; not to say that it saveth some thousands of pounds yearly, formerly sent over seas of fetch lace from Flanders.

La dentelle étrangère flattait l'image de marque du bourgeois du continent.

Il en allait de même en Angleterre, ce qui n'était pas favorable à la situation socio-économique.

L'interdiction d'importer des dentelles étrangères pendant la guerre avec l'Espagne (1625-1630) ainsi que certaines mesures ultérieures montrent bien que l'on essayait de protéger la production nationale.

L'Angleterre faisait de la dentelle en grandes quantités. Deux Italiens qui traversaient le Devonshire en 1669, notaient : "There is not a cottage in all the country nor that of Somerset, where white lace is not made in great quantities so that not only the whole kingdom is supplied with it but it is exported in greant abundance".

Apparut également en Angleterre, une dentelle telle qu'on la réalisait en Flandre et à Milan.

dentelle honiton

On pouvait déjà y déceler les cercles concentriques en toilé ou la structure spiralée du motif floral qui apparaîtront dans la dentelle de Honiton. Une dentelle célèbre datée de 1661 (Chicago, Museum of Art) et pourtant le texte "Carolus Rex" fut attribuée à Honiton.

La rose Tudor, les couronnes royales, les trois plumes des princes de Galles et les initiales CB permettraient de croire que cette dentelle avait été exécutée pour le mariage du roi Charles II avec Catherine de Bragance. Yallop l'attribue cependant au royaliste Sir Copeston Bampfield et en donne les preuves.

Les affinités entre la dentelle de Honiton et le style de la dentelle flamande sont frappantes. Dans son journal de 1698, l'anglaise Celia Fiennes note : "At Honiton [...] they make the fine bone-lac in imitation of the antwerp and Flanders lace, and indeed I think it as fine; it only will not wash so fine, wich must be the fault in the thread".

Pour des raisons d'ordre politique et économique, Honiton ne pouvait pas importer de fil flamand.

Pendant la première moitié du XVIIe siècle, l'Angleterre produisit, comme la Flandre, l'Italie, et de nombreux autres pays d'Europe, une dentelle très décorative issue en droite ligne de la composition géométrique du point coupé.

Comparé à la dentelle flamande du même type, son décor floral stylisé dégage une certaines froideur due à son aspect plus rigide et à son ornementation moins élaborée.

L'engouement pour la dentelle en fil de soie, d'or et d'argent

dentelle anglaise en fil de soie or et argent

L'éclat de la passementerie avait eu un certain impact sur le costume bien avant que les Anglais ne s'engouent pour la dentelle de fil blanc, et cette tendance se poursuivit.

La dentelle d'or et d'argent, combinée ou non avec de la dentelle de fil, se maintint tout au long de l'histoire.

Sur son portrait peint par Marcus Gheeraerts le Jeune (Londres, National Portrait Gallery), Anne de Danemark, épouse de James I, porte une robe bordée de fine dentelle noire du type torchon.

Noire, parce que la reine portait le deuil de son fils Henry, prince de Galles, décédé en 1612.

Aucune dentelle noire des XVIe et XVIIe siècles, qu'elle soit aux fuseaux ou à l'aiguille, n'a pratiquement été conservée: le fer utilisé pour fixer le colorant avait un effet corrosif. Certaines références signalent l'existence de dentelle métallique tout au long du XVIIe siècle, mais c'est surtout dans sa seconde moitié qu'elle fut très à la mode.

Que tant de pièces de monnaie en argent soient fondues pour en faire de la dentelle n'était pas du goût de tout le monde.

Aussi le 10 juin 1661, Charles II promulgua-t-il un édit ordonnant la diminution de la production de dentelle métallique dans les manufactures.

Or le roi lui-même, ayant quitté le deuil d'Elisabeth de Bohême, et en totale contradiction avec la décision qu'il avait prise, portant le 11 mai 1662 un costume "laced with gold and silver, which it was said was out of fashion". 

Les dentelles métalliques démodées étaient passées au creuset pour en récupérer l'or et l'argent.

Le Buckinghamshire produisit pas mal de dentelle d'or, d'argent et de soie, ainsi que de la guipure dont la vogue se poursuivit au XVIIIe siècle.

La dentelle métallique s'utilisait également dans l'ameublement, les tenues de cérémonie et les uniformes.

La noblesse, mais surtout la cour, en commandaient beaucoup.

L'importation de dentelles étrangères au XVIIe siècle

dentelle bruxelles

La passion pour la dentelle étrangère constituait, nous l'avons dit, une menace pour la production nationale. On sait que la dentelle de Bruxelles, était exportée en grandes quantités vers l'Angleterre. Olivier Cromwell qui mourut en 1658 fut enterré revêtu d'un costume orné de dentelle flamande.

En 1662, Charles II promulgua un édit interdisant toute importation de dentelle :

"The selling in England or the importation after June 24th 1662, of any foreign bone-lace, cutwork, fringe, buttons or needlework made of thread, silk or any or either of them". Mais auparavant, le roi avait donné ordre à son fabricant de dentelle d'importer du continent toute la dentelle qu'il estimait nécessaire :

"for the wear of the Queen, our dear mother the Queen, our dear brother, James Duke of York et indispensable à l'approvisionnement des autres membres de la famille royale, "and to the end the same way be patterns for the manufacture of these coomodities here, notwithstanding the late statute forbidding their importation".

Ces édits foulés aux pieds, même par le roi, encouragèrent la contrebande qui fut signalée en Angleterre pour la première fois en 1623 lorsque "sundry packets of cut workes and bone laces without paying the customs" arrivèrent à Dover.

L'Angleterre tenta alors de mettre sur pied des manufactures de dentelle mais échoua dans son entreprise. Le roi essaya en vain d'inciter la noblesse à plus d'économie.

Les fabricants anglais n'arrivant pas à satisfaire leurs clients - ils ne leur proposaient que des produits locaux - les dentelles étrangères furent mises en vente libre et intégrées à la mode. Prenons le point de Venise : on l'importait massivement, même à la cour.

Pour son couronnement en 1685, James II portant une cravate en point de Venise.

La dentelle étrangère n'étant officiellement plus autorisée, les Anglais achetaient de la dentelle de Bruxelles sur le continent et la revendaient sour le nom de dentelles ou point d'Angleterre. Les choses allèrent même si loin qu'au XVIII siècle, les fabricants bruxellois donnèrent ce nom à leur propre production.

La production locale et les divers centres dentelliers au XVIIIe siècle

dentelle devonshire

En Grande-Bretagne il existait depuis toujours deux régions consacrées plus particulièrement à l'industrie dentellière : le Devonshire et les Midlands.

Divers écrits font état de la bonne qualité de la dentelle nationale. Le suivant date de 1698 : "The English are now arrived to make as good lace in fineness and all other respects as any that is wrought in Flanders".

La crise des années 1700 se fit également sentir en Angleterre, mais moins qu'ailleurs parce que la dentelle y était principalement destinée aux vêtements de nuit et au linge de maison. La production sut tirer parti du désintérêt marqué vis-à-vis des dentelles à l'aiguille française et italienne, plus lourdes.

Les Midlands appréciaient particulièrement la dentelle de Malines.

D'après la Magna Britannia de 1720, Newport-Pagnell était " a sort of staple for bone-lace, of which more is thought to be made here than any town in England; that commodity is brought to as great perfection almost as in Flanders".

Comme nous l'avons dit la concurrence avec les pays étrangers jouait de vilains tours à la production dentellière et c'est pourquoi, au XVIIIe siècle aussi, certaines mesures furent prises pour prohiber la dentelle étrangère.

La reine Anne interdit en 1711 l'importation de toutes les dentelles d'or et d'argent.

En 1740, on lança plusieurs campagnes en faveur de la dentelle typiquement britannique.

Comme l'avait fait Colbert en son temps, l'Anti-Gallican Society prit à cœur d'investir dans la qualité de l'industrie dentellière nationale, et c'est dans ce but qu'elle organisa plusieurs concours vers le milieu du XVIIIe siècle.

dentelle anglaise lacet fond aiguille

Pendant le premier et aussi le deuxième quart du XVIIIe siècle, les dentellières réalisèrent de la dentelle au lacet avec fond de dentelle à l'aiguille, celui du gros point de Venise. Il s'agissait le plus souvent de pièces faites à domicile dans un succédané de style baroque aux dessins naïfs.

Ces textiles sont intéressants pour la transmissions des techniques de la dentelle à l'aiguille, comme l'étaient les marquoirs réalisés dans les écoles par les petites filles et que l'on décorait de point coupé et de reticella dans le style du premier quart du XVIIe siècle.

Un des points les plus typiques, que l'on trouve dans le tape lace comme dans les marquoirs, était le point noué, très plat, que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de hollie stitch et qui donna naissance au hollie point. 

dentelle anglaise point noué

Ce dernier, qui servait essentiellement à la décoration des trousseaux de bébés et des robes de baptême, fut réalisé de la même manière durant tout le XVIIIe siècle.

La plupart des brassières ou petits bonnets agrémentés de dentelles de ce type datent des deuxième et troisième quarts du XVIIIe siècle.

Plusieurs insertions portaient un dessin semblable à ceux des broderies de l'époque: petits animaux, oiseaux, branches fleuries, figures géométriques très simples ou symboles religieux, et souvent aussi le nom et la date de naissance du bébé.

Ces textiles étaient réalisés en famille, car le hollie work était avant tout une industrie domestique.

Le troisième quart du XVIIIe siècle fut pour l'ensemble de l'industrie dentellière britannique une période faste, grâce à la mode qui réclamait beaucoup de dentelles mais aussi suite à la réglementation plus sévère de l'importation de dentelles étrangères, George II s'efforça de promouvoir la dentelle anglaise.

En 1764, le roi George III exigea que tous les textiles et toutes les dentelles qui seraient portés lors du mariage de sa sœur, la princesse Augusta, avec le duc de Brunswick, soient de fabrication anglaise.

dentelle devon

Le contrôle exercé par les employés de douanes juste avant la cérémonie, leur permit de faire main basse sur une grande quantité de soie et de dentelles françaises destinées au couturier de la cour ! En certaines occasions et lorsqu'ils ne pouvaient pas faire autrement, les nobles portaient de la dentelle anglaise, mais ils préféraient revêtir de la dentelle étrangère lorsqu'il s'agissait de poser pour la postérité.

D'une part les manufactures locales étaient encouragées dans leurs élans patriotiques, mais d'autres part les commandes de dentelles étrangères se succédaient comme si de rien n'était.

Les pratiques contre bandières prirent des proportions inimaginables qui s'aggravèrent encore à partir de 1760, sous George III.

De nombreux écrits des années 1760 témoignent de l'incroyable créativité déployée face à ce problème.

Tout le monde fraudait, chacun à son niveau. On dissimulait de la dentelle dans du pain, des turbans turcs, des fauteuils, des livres, des bouteilles, des boîtes à double fond.

On en enveloppait même des bébés. Et lorsque le corps du duc de Devonshire fut rapatrié de France, les douaniers ne se contentèrent pas d'ouvrir le cercueil mais en examinèrent le contenu pour s'assurer qu'il s'agissait bien d'un cadavre.

Lors du transport du corps d'un ecclésiastique décédé dans les basses terres, on découvrit que le cadavre avait disparu et avait été remplacé par une masse de très fine dentelle flamande de grande valeur.  Seuls la tête, les mains et les pieds étaient encore dans le cercueil.

Lorsque Mrs Lybbe Powys visita Honiton en 1760, elle s'extasia sur la qualité de la dentelle : " ... which gave us great pleasure, and much more to see it was our own country women that could arrive at such perfection in this work, as I hope will prevent our ladies from forming the least wish to have the right Flanders; for really on comparing the two pieces, ours had the first preference; and if so, how very cruel not to encourage the industrious poor of our own land".

dentelle Devon reine victoria

L'année précédente, Mrs Powys était allée à Newport Pagnell et avait noté : 

"The most noted place, it seems, in this Kingdom for making lace".

Dans les villages, l'industrie dentellière était organisée par les négociants locaux qui combinaient l'activité dentellière avec un commerce d'autres produits.

Ici comme sur le continent, on payait souvent les dentellières en nature.

Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la dentelle du Devon et du Dorset, une dentelle serrée et de grande qualité, perdit de sa popularité à cause de la montée et de l'expansion à travers tout le pays - même dans le Devonshire - d'une dentelle à fond de réseau plus simple, celle des Midlands, qu'on appela trolly lace.

Ce nom lui venait probablement de la tralie flamande. Cette dentelle, qui utilisait un fil anglais plus épais et des fuseaux plus grands, se faisait sur fond de Paris, de Malines ou de Lille.

Le déclin de l'industrie dentellière anglaise s'amorça durant la guerre de l'Indépendance américaine (1775-1782), qui rendit impossible le commerce avec les pays d'outre-mer. Il s'accentua lorsque la mode préféra à la dentelle les voiles plus légers, la mousseline et la gazee. W.cowper d'Olney, au cœur des Midlands, écrivait en 1780 : "I am an eye witness of their poverty and do know that hundreds in this little town are upon the point of starving and that unremitting industry is but barely sufficient to keep them from it [...] There are nearly one thousand two hundred lace makers in this beggarly town.

La production dentellière aux XIXe et XXe siècles

dentelle buckinghameshire

Les centres dentelliers Britanniques

East-Midlands : Buckinghamshire et Bedfordshire

Suite à la Révolution française, de nouveaux réfugiés arrivèrent en Angleterre.

On lit dans les annales 1794 : "A number of ingenious French emigrants have found employment in Bucks, Bedfordshire, and the adjacent counties, in the manufacturing of lace, and it is expected, through the means of these artificers, considerable improvements will be introduces into the method of making English lace.

L'amélioration dont il est question ici eut comme résultat, au cours du XIXe siècle, l'apparition du Bucks point, une dentelle typique présentant de nettes ressemblances avec la dentelle de Lille.

dentelle anglaise bucks point

Cette dernière avait beaucoup de succès auprès des Anglais qui , en 1789, en introduisirent en fraude de grandes quantités - un tiers de la production totale - via le Département du Nord. Contrairement à celui de la dentelle de Lille, le fond du Bucks point ne comportait presque jamais de points d 'esprit et le bourdon entourant le mat était moins serré.

En promulguant le décret de Berlin en 1806, Napoléon empêchait le commerce avec l'Angleterre. Cette politique d'isolement convenait au marché dentellier anglais : il pouvait désormais se développer en toute quiétude et écouler sa marchandise sur place.

C'est la production dentellière du continent qui fut le plus durement touchée.

Au début des années 1800, l'industrie dentellière anglaise comptait au moins 150 000 personnes.

Après le blocus instauré par Napoléon, elle vécut des années difficiles jusqu'à ce que, vers la fin des années 1820, la mode accepte à nouveau la dentelle.

Ce furent surtout les Midlands qui tirèrent profit de la vogue des châles et des voiles qu'un assemblage invisible permettait de réaliser à partir de bandes de dentelle, comme sur le continent.

Parmi les bons dessinateurs qui furent à l'origine du nouvel essor de l'industrie se trouvaient John Millward de Olney, qui dès 1836 réussit à donner à la dentelle un caractère personnel et remporta une médaille lors de l'Exposition de 1851, et E. Godfroy de Buckingham, connu sous le nom de black man parce que, vers les années 1840, il avait fait faire de la dentelle de soie noire.

En 1850, Godfroy fut responsable de l'introduction de nouveaux types de dentelles comma la Maltaise et la Yak, une dentelle réalisée en laine du Yorkshire.

dentelle yorkshire

Il gagna des prix à l'exposition de 1851.

Pour les Midlands, les années 1840 furent des années prospères puisqu'il n'était pas encore possible d'imiter à la machine les dessins de grandes dimensions.

La seconde moitié du XIXe siècle fut toutefois marquée par une évolution rapide de l'industrie dentellière mécanique et par certaines circonstances néfastes qui précipitèrent le déclin de la dentelle. La guerre franco-prussienne et la chute de Second Empire en 1870 eurent des effets plutôt négatifs.

Napoléon III mourut dans le Kent en 1873 et son décès marqua la fin du rayonnement de la cour de France. La guerre civile américaine (1861-1864) nuisit elle aussi à la dentelle des Midlands. L'industrie dentellière anglaise avait été fort touchée par la loi de 1870 sur l'enseignement qui avait conduit à la fermeture des écoles dentellières du Buckinghamshire, du Bedfordshire et du Northamptonshire.

Ajoutons à cela les grands changements apportés à la mode et défavorables à la dentelle. La crinoline disparut vers la fin des années 1860, et la Chantilly noire fabriquée à Buckingham dans la seconde moitié du XIXe siècle n'avait donc plus aucun succès.

Le réveil de la dentelle au tournant du siècle fut le fait de l'aristocratie charitable. La Midlands Lace Association fut fondée en 1891 dans le but d'améliorer la qualité de la dentelle et de lui trouver des débouchés dans de grandes villes comme Londres.

Des raisons financières mirent fin à l'organisation qui fut reprise en 1897 par la North Bucks Lace Association.

la Bucks Cottage Workers Agency

Celle-ci fit exécuter des dentelles selon de grands dessins. Elle disposait d'un point de vente à Londres et ses réserves permettaient d'assumer les frais des pièces non vendues. Une organisation similaire, la Bucks Cottage Workers Agency, fut fondé en 1906 par Mr H.H Armstrong et exerça ses activités jusqu'à la Première Guerre mondiale.

Elle s'occupait principalement de la promotion dans le pays même et dans les colonies britanniques, de la dentelle des Midlands, dont la plus courante au début du XXe siècle était le Bucks point, réalisé le plus souvent d'après des patrons piqués des années 1830-1840.

Les dentellières des Midlands utilisaient un type particulier de petits fuseaux.

Ceux-ci étaient généralement tournés en os ou en bois fruitier.

Au XVIIIe siècle, ils étaient du même type que les fuseaux flamands. Au XIXe, les fuseaux de Bedford, de Buckingham et de Huntingdon étaient de véritables bijoux qui racontaient l'histoire de toute une vie : on y trouvait gravés, pyrogravés, les noms des membres de la famille, des dates de naissance et de mariage. 

Il s'agissait parfois de véritables sculptures dont le nom rappelait le sujet : mother and babe, church window ou cow and calf.

L'anneau perlé (spangle) était caractéristique et chaque détail avait un sens symbolique ou personnel. On les offrait en cadeau dans certaines circonstances.

Le Bedfordshire était célèbre pour sa dentelle aux XVIIIe et XIXe siècles et ses écoles avaient bonne réputation. Il y en avait parfois 5 ou 6 par village, comptant chacune 20 à 30 élèves, qui, comme dans les autres régions, faisaient principalement du tulle.

L'État les estimait au point de les faire contrôler par des inspecteurs. Un grand marchand de dentelles, Thomas Lester (1791-1867), venu s'établir à Bedford vers 1820, eut avec ses fils Thomas et Charles une influence prépondérante sur l'industrie dentellière.

À l'époque on faisait beaucoup de dentelle de soie blanche ou noire pour les toilettes de soirée et Lester fut bien obligé de suivre la mode.

En 1851, sa "wide white and black lace" avait gagné un prix à l'Exposition de Londres.

Après l'Exposition, et probablement sous influence des nombreuses dentelles étrangères et surtout de celle de Malte, Thomas Lester fit les dessins d'une dentelle où le fond de brides remplaçait le tulle.

dentelle bedfordshire maltese

Cette dentelle tressée appelée Bedfordshire Maltese qui pouvait se faire plus rapidement, était donc plus intéressante sur le plan économique.

Les Lester firent d'excellentes affaires et, en 1862, Thomas Lester avait des dentellières dans tous les villages situés dans une zone de 10 miles autour de Bedford. Sa firme remporta de nombreux prix lors des expositions de 1862 et de 1874. Thomas Lester dessina une série de projets de dentelle dont les sujets, la flore et la faune, se détachaient le plus souvent sur un décor de fougère. 

Ses dessins très personnels avaient une allure assez exotique.

Sur le plan de la technique, son travail mélangeait les éléments de divers types de dentelles : des tresses et de nombreux points d'esprits rappelaient la dentelle de Cluny et davantage encore celle de Malte, alors que les remplis s'inspiraient de la dentelle de Honiton et de la dentelle à réseaux clairs (tulle).

Devonshire et Honiton

dentelle anglaise honiton

L'appellation trolly lace apparut dans les archives à partir de 1677, ce qui prouve que l'on faisait de la dentelle à fils continus et du fond de réseau aux fuseaux. Aux XVIIIe et XIXe siècles, le Devonshire faisait également de la Greek lace semblable à la dentelle au torchon fabriquée sur le continent. Mais ce qui faisait la gloire du Devonshire c'était la Honiton, un type de dentelle à fils coupés proche de la duchesse, aussi appelée Bath Brussels, si l'on en croit les nombreuses mentions dans les comptes de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.

Le Devonshire qui, suite à l'interdiction d'importation de dentelles étrangères à l'époque napoléonienne, avait pu développer la qualité de sa dentelle, avait aussi pu la vendre à bon prix sans craindre la concurrence. Après 1825, Honiton réalisa des fleurs et beaucoup de réseaux d'ornement destinés à l'application.

C'est à ce moment que les dentellières demandèrent l'aide de la reine Adélaïde. Celle-ci commanda une robe décorée de fleurs, dont les initiales formaient son nom: Auricule, Daphné, Eglantine, Lila, Auricule, Ive, Dahlia et Eglantine.

Les fleurs furent exécutées par Mrs Davey de Honiton et appliquées sur du tulle mécanique. Malgré la proximité de l'usine de tulle mécanique de Heathcoat (Tiverton) et l'existence de celle de Barnstaple, Devon pratiquait toujours la dentelle faite main. Au cours des années 1830 on y fit de nombreuses compositions florales appliquées sur un fond drochel, technique qui passa complètement de mode vers le milieu du siècle.

À partir de 1830, le design anglais qui avait acquis un renom international à la fin du XVIIIe siècle avait perdu tout crédit.

Les mesures nécessaires furent prises pour améliorer la qualité.

Citons à ce propos le jeune artiste Wiliam Dyce qui, outre la responsabilité de l'école de stylisme qu'il fonde en 1836, eut également celle de créer en 1840 la dentelle de la très belle robe de mariée de la reine Victoria.

robe mariée reine victoria

C'est d'ailleurs en grande partie grâce à l'appui de la reine que la dentelle survécut. N'empêche que la ruine était proche : l'industrie dentellière ne parvenait pas à atteindre le niveau qu'elle méritait parce qu'elle n'était pas organisée de façon professionnelle, n'avait pas à sa tête un grand fabricant capable de la superviser et ne s'entourait donc pas de dessinateurs :

"Cette belle guipure n'a pas toute la réputation qu'elle mérite, cela tient au mauvais choix des dessins que les fabricants mettent aux mains des ouvrières. En 1865, le dentellier londonien Samuel Chick expédia à sa mère à Devon des modèles de motifs d'application en lui demandant de les faire exécuter le plus rapidement possible pour un certain Mr Biddle "who wants to make a lace with it as cheap as a Brussels lace". 

Il demandait également de nouveaux modèles pour la dentelle d'application :

"if we could get out some pretty effective things, I think we could do a large trade in appliqué laces. We can make them cheaper than Brussels goods and they look better". On insistait constamment sur l'importance du facteur prix et c'est ce qui fera la ruine de l'industrie dentellière. Une dentelle bon marché n'est jamais une dentelle de bonne qualité, or seule cette dernière se maintient en temps de récession.

La structure et la technique de la Honiton évoluèrent et s'améliorèrent au cours du siècle grâce à l'intervention de divers amateurs de dentelles. Mrs C.E. Treadwin d'Exeter, à qui l'on devait en grande partie les travaux exposés à l'Exposition de Londres en 1851 par les dentellières du Devonshire, se souciait de la qualité de la dentelle fabriquée autour de Honiton.

Son travail était basé sur l'étude des dentelles historiques, mais cela ne l'empêchait pas de superviser la production de Honiton en dentelle d'application.

Elle achetait les dessins dans diverses écoles. William Morris (1838-1896) fut lui aussi une figure célèbre par l'influence qu'il exerça, à la fin du XIXe siècle, sur le graphisme et le décor. Il insistait sur l'importance d'un bon apprentissage qui seul, selon lui, pouvait garantir un résultat satisfaisant.

Une importance caractéristique du commerce dentellier de la seconde moitié du XIXe siècle est son intérêt pour la dentelle ancienne. Il arrivait même que les marchands abandonnent pratiquement leur propre production pour ne plus vendre que ce genre de dentelle. Samuel Chick de Londres écrivait à son frère à Devon en 1876 :

" I had hoped that trade would be better but instead it got worse and I now find that on my Honiton trade I have lost several hundreds of pounds during the year, [...] 

If I had not had something else, I should have been obliged to give up my Honiton trade entirely".

Ce something else désignait la dentelle antique qui atteignait des prix élevés. Ce qui encourageait la copie de ces dentelles.

dentelle antique

La dentelle florale de Honiton se faisait aux fuseaux sous le nom de guipure. Son graphisme était constitué de motifs floraux formant un ruban étroit quasi continu raccordé par un jeu de petites tresses. Cette dentelle n'avait peut-être pas de grandes ambitions artistiques, mais elle était d'un emploi très apprécié dans la mode féminine.

La baisse du succès de la dentelle dans la seconde moitié du XIXe siècle favorisa l'éclosion de types de dentelles plus intéressants sur le plan commercial. Parmi eux plusieurs types semi-manuels, dont une forme de dentelle de Milan comportant un ruban tissé à la machine et, entre les motifs, des remplis en dentelle à l'aiguille. Elle a fait sa réputation sous le nom de Branscombe point. 

dentelle branscombe point

La Hontion tape lace parvint à fort bien imiter la dentelle faite main en utilisant un ruban de fantaisie constitué de pétales reliés entre eux.

Un des fabricants les plus importants de la période faste 1850-1860 était John Tucker de Branscombe. La ville, qui en 1841, comptait 100 dentellières sur une population de 1000 âmes, en comptait 284 en 1851. C'est en 1851, qu'il fit construire, attenant à sa maison un atelier, où l'on dessinait et piquait des patrons, mais il en achetait aussi à Paris.

Pour rémunérer ses ouvrières, il utilisait le système de troc, car il possédait également un magasin. La dentelle réalisée par l'intermédiaire de Tucker fut appréciée au point que le jury de l'Exposition de 1862 lui attribua la prospérité que connaissait depuis 1851 l'industrie de Honiton :

"to the perseverance and intelligent exertion of Mr John Tucker of Branscombe". Quant à Lady Trevelyan, elle devait sa célébrité au fait qu'elle fit faire d'élégants motifs en dentelle et qu'elle s'éleva violemment contre Mr Tucker et son système de troc.

La production mécanique et les tendances nouvelles

dentelle anglaise production mécanique

L'Angleterre est le berceau de la dentelle mécanique.

Celle de Heathcoat mise au point en 1809 pouvait remplacer la dentelle à l'aiguille et le fond drochel, beaucoup plus chers.

Entre 1810 et 1820, l'industrie de la dentelle mécanique subit d'importantes transformations. Heathcoat déménagea son usine à Tiverton (Devon) en 1816, et en 1818 il équipa ses machines d'un système à vapeur. En 1813, John Leavers inventa un système capable de faire des dessins dans le tulle : l'imitation de dentelles devenait possible. Utilisant un système différent, la machine Pusher pouvait également faire une très belle dentelle.

La demande en dentelle mécanique alla croissant jusqu'en 1831.

Divers articles écrits entre 1833 et 1836 par William Felkin, le représentant de Heathcoat à Nottingham, dénoncent le manque de dessins attrayants et de bonne qualité artistique pour le travail fait à la main, mais surtout pour la dentelle  mécanique. Puisque la machine était dorénavant équipée du système Jacquard, il fallait absolument, selon lui, qu'une école se spécialise en dessins dentelliers. L'école vit le jour en 1846 à Nottingham.

La dentelle faite main profita elle aussi de ses modèles, qui servirent à plusieurs pièces de Honiton. Quant au continent il n'appréciait pas fort le style de la dentelle mécanique anglaise, si l'on en croit les réactions d'un certain Ferguson de Calais qui, en 1855, dénonçait violemment la piètre qualité artistique de ce produit et le fait que les Anglais n'aient qu'un seul but : la produire à moindre frais.

Ce genre de critique était fréquent et s'adressait également à la dentelle à la main. Les grandes entreprises dentellières internationales démontrèrent d'ailleurs qu'il existait un marché pour la dentelle de qualité, quel que soit son prix.

La revue The Studio avait pris la tête du mouvement qui désirait donner une impulsion nouvelle à la modernisation du décor dentellier. Elle fixait le style des projets devant servir à l'artisanat, et entre autres à la dentelle. Elle parut pour la première fois en 1893, mais n'était pas la seule de son espèce en Europe à l'époque.

En 1906, elle consacra un numéro entier au renouveau de la dentelle autrichienne. De nombreux dessinateurs travaillèrent dans cet esprit et remportèrent des médailles dans les concours. L'engouement pour la dentelle Jugendstil fut de courte durée. Dès 1916, le décor avait repris son aspect traditionnel. 

dentelle Jugendstil

Dans toute l'Europe, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la popularité des nouveaux types de dentelles - citons la yak en laine de Yorkshire, le goat lace en poil de chèvre, la lama lace, et la mohair - favorisa le développement de leur production mécanique à Nottingham, Cambrai, et Calais.

Nottingham réalisait aussi, mais sur des machines à tricoter une autre dentelle de laine en fine Shetland destinée principalement à la confection de châles. On réalisait également de la dentelle polychrome, appliquée ou non sur un fond de réseau noir.

Irlande

En Irlande, la dentelle ne s'est jamais pratiquée sur une grande échelle.

La profession de Bone Lace Maker apparaît pourtant dans des archives du XVIIe siècle. Dublin comptait en 1739 trois écoles dentellières. On encourageait l'industrie en organisant des concours et en octroyant des prix.

On l'associait comme partout ailleurs, à la pauvreté et il fallait donc que les enfants la pratiquent. La noblesse se chargea de la promouvoir par des œuvres de charités, courants au XIXe siècle. On ne sait pas exactement quel était le type de dentelle réalisé en Irlande, sans doute s'agissait-il surtout de dentelle aux fuseaux.

dentelle aux fuseaux irlandaise

Plusieurs fabricants de dentelles métalliques figurent dans les archives de la première moitié du XVIIIe siècle, qui précisent que l'un d'eux faisait du "point d'Espagne",Trimmings for lady's sacks and nightgowns, net laces for flouncing petticoats, stomachers, bibs, etc..."

En 1846, une maladie de la pomme de terre ayant provoqué la famine on entreprit de sauver l'industrie dentellière, et surtout la dentelle à l'aiguille, qui battait de l'aile depuis le début du XIXe siècle. En 1852, les sœurs du couvent de la Présentation de Youghal fondèrent une école dentellière spécialisée en imitation de dentelle de Venise.

La typique dentelle de Youghal date de la fin du XIXe siècle. Il s'agit d'une dentelle plate comportant une variété de remplissages, des parties de mat relativement étroites et un fond de réseau fait de brides et de picots. Les couvents de Kenmare, New Ross et Innishmacsaint imitaient principalement le point de Venise.

Une exposition organisée en 1883 ayant suscité de nombreuses critiques, on essaya de relever le niveau artistique de la dentelle en instaurant des cours de dessin dans les écoles d'art de Dublin, de Cork, de Limerick et de Waterford, ainsi que dans les principaux couvents et autres centres dentelliers.

On aida l'industrie en octroyant des prix en récompense de projets commandités par des notables. Parmi eux se trouvait la reine Victoria, la marquise de Londonderry et la comtesse d'Aberdeen. Les pièces primées furent exposées à Londres en 1888.

Dès lors, on put voir de la dentelle irlandaise de grande qualité dans presque toutes les expositions de la fin du siècle et du début du suivant.

Les industries annexes de la dentelle n'étaient pas sans importance pour la "dentellerie" irlandaise. La célèbre dentelle Limerick est une sorte de broderie faite à la main sur du tulle mécanique. Au cours des années 1880-1890, ses dessins devinrent de plus en plus beaux. On réalisait la broderie dans divers couvents, entre autres chez les Sisters of Mercy.

dentelle Limerick

En ville, l'industrie était dominée à l'époque par Mrs Vera O'Brien qui se chargeait de tous les aspects du commerce dentellier, du dessin à la vente.

Le Carrickmacross est une application de mousseline sur tulle mécanique.

Le Carrickmacross appliqué, et la Carrickmacross guipure connurent un immense succès. Dans cette dernière on avait découpé le fond de réseau pour le remplacer par des brides en dentelle à l'aiguille, de sorte qu'elle marchait sur les traces de la guipure de Bruxelles et de Honiton.

Les dessins d'une grande élégance étaient en grande partie l'œuvre de la Shirley Estate School de Bath aidée de Mrs Emily Anderson de la Cork School of Art. Le succès commercial de cette dentelle date de la famine de 1846 : l'exécution de la Carrickmacross devait sortir les pauvres de leur misère.

À la fin du XIXe siècle, les sœurs du couvent St.-Louis fondèrent à Carickmacross une école qui allait susciter un mieux provisoire.

Le travail irlandais au crochet qui se développa vers 1840 avait été introduit en Irlande par une dame du continent ayant fréquenté la cour de France vers les années 1760.

Elle réussit à envoyer quelques jeunes filles dans un couvent d'ursulines à Paris, dans le but d'y apprendre le crochet et de l'enseigner ensuite à la population locale. Ce n'est qu'au XIXe siècle que cette industrie remporta en Irlande un grand succès.

Les ursulines de Blackrock fondèrent à Cork une école devenue célèbre pour ces travaux au crochet.

L'industrie du crochet était mal organisée et n'avait à sa disposition que de piètres dessins. Elle parvint cependant à garder la tête hors de l'eau, même après 1860, puisque, contrairement à la broderie sur tulle, elle n'avait pas à craindre la concurrence de la mécanisation. Réorganisée à la fin du XIXe siècle, elle gagna en popularité à l'époque de l'engouement pour le point de Venise ou la reticella dont elle s'inspirait fréquemment.

Écosse

En Ecosse, l'industrie textile s'était concentrée sur la culture du lin et le tissage de la toile, ainsi que sur la fabrication de broderies blanches. Il existait une certaine industrie dentellière, mais pratiquée presque exclusivement à domicile.

Grâce aux contacts avec les pays d'outre-mer, on y connaissant pourtant la dentelle depuis longtemps, puisque de nombreux portraits représentèrent des ecclésiastiques qui en portent. Certains inventaires, et parmi eux ceux des biens du roi James V, mentionnent fréquemment des passements d'or et d'argent. Celui des biens de Marie Stuart fait nettement allusion à des étoffes luxueuses et à des bords.

Des considérations d'ordre social poussèrent la duchesse de Hamilton à ouvrir en 1752 une maison pouvant accueillir, sous la houlette d'une maîtresse qui leur apprendrait à lire et à filer, douze fillettes pauvres en 7 et 14 ans.

On ne sait pas à quel moment la dentelle fut ajoutée au programme. Lorsque en 1757, la Select Society of Edinburgh et la Dublin Society organisèrent un concours pour promouvoir les industries locales, Anne Henderson de Hamilton remporta un prix "for the whitest and best and finest lace, commonly called Hamilton lace, not under two yards".

Cette Hamilton lace n'était pas à strictement parler de la dentelle mais du tulle brodé. Il existe néanmoins en Ecosse de nets indices prouvant l'existence de dentelle aux fuseaux. C'est ainsi qu'en 1769, Thomas Pennant vit faire de la dentelle à Leith Hamilton et Dalkeith, et que Peuchet écrivait :

"il s'est formé près d'Edinbourgh une manufacture de fil de dentelle. On prétend que le fil de cette manufacture sert à faire des dentelles qui non-seulement égalent en beauté celles qui sont fabriquées avec le fil de l'étranger, mais encore le surpassent en durée. 

Cet avantage serait d'autant plus grand que l'importation de ce fil de l'étranger occasionne aux habitants de ce royaume une perte annuelle de L 100.000". Glasgow faisait de la dentelle aux fuseaux du type Malines et Bruxelles.

Le Weekly Magazine de 1776 écrivait que "The Directors of the Hospital of Glasgow have already sent twenty-three girls to be taught bt Madam Puteau, a native of Lille, now residing at Renfrew ; you will find the lace of Renfrew cheaper, as good and as neat as those imported from Brussels, Lille and Antwerp.

Malte

dentelle aux fuseaux maltaise

Il va de soi que la dentelle fut importée à Malte par l'ordre de chevalerie de Saint-Jean ou Ordre de Malte, rassemblant des nobles de diverses nationalités qui se consacraient aux soins des malades et à l'aide spirituelle, mais surtout à la défense de la foi chrétienne vivement attaquée par l'Islam.

Pendant les deux siècles et demi que les chevaliers y séjournèrent - il y étaient arrivés en 1530 - ils avaient fait de l'île un bastion inexpugnable, fortement convoité tout au long de l'histoire en raison de sa situation stratégique.

Ils l'avaient dotée de nombreux palais, d'églises et de trésors de grande qualité. Les portraits des grands maîtres les montrent richement vêtus et parés de dentelles comme ceux des autres pays d'Europe.

Les plus somptueux rabats et manchettes, mais aussi les plus beaux vêtements liturgiques étaient toutefois d'origine flamande, française ou italienne.

Malte avait de tout temps fabriqué sa propre dentelle. Un document important du XVIIIe siècle un tableau du peintre local de Favray (Valetta, Museum of Fine Arts), nous montre non seulement une aristocrate portant un bonnet richement orné de dentelle, mais également une dentellière qui travaille aux fuseaux sur un carreau oblong exactement pareil à celui qu'utilisent encore aujourd'hui les dentellières de Malte et de Gozo.

Cette œuvre réfute l'hypothèse selon laquelle l'industrie dentellière n'aurait été introduite à Malte qu'en 1833. Quel type de dentelle y faisait-on au XVIIIe siècle ? On n'en sait rien, sauf qu'il s'agissait de dentelle aux fuseaux à fils continus, et selon Pallise, probablement d'une version de la dentelle de Malines ou de la Valenciennes, comme on peut le voir sur les coiffes.

La dentelle en soie typiquement maltaise vit le jour au XIXe siècle par l'intermédiaire de Lady Hamilton Chichester. En 1833, elle introduisait à Malte des dentellières génoises afin qu'elles y enseignent leur art au départ de leurs dessins. La guipure du type génois était fort à la mode à l'époque.

À l'origine elle fut exécutée en soie noire importée de Barcelone, et ensuite, sous l'influence de la mode, en soie crème. Une grande quantité de dentelle maltaise fut réalisée dans un orphelinat de la petite île de Gozo.

La dentelle maltaise était représentée à l'Exposition de Londres en 1851.

dentelle maltaise

Malgré l'avis négatif du jury, elle eut beaucoup de succès. On la retrouva à l'exposition de 1862, où les fabricants P.P. Borg & C° remportèrent une médaille.

La dentelle maltaise se caractérise par ses figures géométriques et l'abondance de points d'esprit en forme de feuilles appelées mosca. Pour éviter qu'elle soit copiée, les fabricants intégrèrent à son décor la typique croix de Malte. Cette croix à huit pointes est le symbole des vertus chevaleresques :

  • le zèle,
  • l'obéissance,
  • la justice,
  • l'humilité,
  • la sagesse,
  • l'amour,
  • la prudence et
  • le courage.

Facile à faire et très en vogue, cette dentelle n'échappa nullement aux imitateurs. On en fit massivement au Puy, à Barcelone et le long de la côte ligurienne (Italie), et en moindre quantité en Belgique et dans les Midlands où elle ne se faisait pas en soie mais en coton. Elle fut également imitée à la machine.  

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